Continuer après une infidélité

 

- Jérôme, 37 ans, était en couple depuis 13 ans. Il avait trois enfants et sa vie de famille s’était déroulée dans la plus grande harmonie. Une vie simple comme il aimait la qualifier, peut-être trop, car d’après lui, la routine dans laquelle il s’était endormi avait sans doute été à l’origine de l’infidélité de sa femme ! C’était un an plus tôt. Des petits riens lui avaient mis la puce à l’oreille. Elle mettait beaucoup de temps pour ne faire que quelques courses, elle partait le samedi après-midi s’acheter des chaussures, mais revenait en disant qu’elle n’avait rien trouvé de bien, et elle recevait des textos mystérieux. Elle qui disait toujours de qui était le message et ce qu’il ou elle voulait, elle refermait son téléphone sans rien dire. Un soir, il lui avait parlé simplement. Il lui avait dit que leur couple semblait se complaire dans la routine, et que ça lui faisait peur. Il ne savait pas comment entretenir la flamme des débuts et il avait peur de la perdre. Sans attendre sa réponse, il avait plaidé le faux pour savoir le vrai : « Je sais que tu as des vues sur un autre homme en ce moment. Je ne sais pas qui c’est et jusqu’où vous êtes allés ensemble. Et je suis certainement aussi responsable de ça. Je n’ai pas dû savoir te construire la vie excitante à laquelle tu aspires ! »

Décontenancée par ses mots simples et respectueux, elle lui a avoué. Commerçante, elle recevait régulièrement la visite d’un fournisseur. Ils avaient plaisanté, il l’avait invité à prendre un verre, et puis… et puis…

Ils en avaient beaucoup discuté. Apparemment, cette relation extra conjugale était très récente. Elle ne l’avait jamais trompé avant et cela durait depuis deux ou trois semaines. Il lui plaisait bien mais elle ne se sentait pas amoureuse. Sa vie était avec Jérôme et leurs enfants ! Mais elle n’avait pas résisté au plaisir de se sentir attirante, courtisée. Elle avait un besoin de se sentir femme, sentiment devenu trop rare dans sa vie familiale.

Il avait fait preuve de mansuétude et mis son orgueil de côté. Oui, elle l’avait trompé, mais devait-il pour autant détruire tout ce qu’ils avaient vécu, tout ce qu’ils avaient construit, à commencer par leur foyer, leur famille avec les trois enfants ? Il avait le droit d’être contrarié, anxieux pour l’avenir, il avait le droit de souffrir. Mais devait-il le faire payer à ses enfants ? Et puis, il l’aimait. Bref, il y avait sûrement plus de souffrances qui l’attendaient, s’il décidait de rompre les amarres !

Alors ils s’étaient promis plus de communication, plus de transparence, plus de temps à eux. Et le cours des choses avait repris.

Mais voilà ! Malgré la sagesse de sa réaction, Jérôme subissait encore l’impact de cette infidélité. Il se sentait sur une mauvaise pente, car cela empirait. Voici les ressentis qu’il éprouvait :

  • J’ai des images en tête. Je n’arrête pas de l’imaginer se faire toucher par un autre et je l’imagine se laisser faire et également y mettre du sien. C’est une torture !
  • Elle m’a dit que cela n’avait duré que deux ou trois semaines, mais je me dis que, si ça se trouve, cela durait depuis beaucoup plus longtemps.
  • Je me dis que, puisque je me suis rendu compte trop tard de ses escapades, je ne sais pas déceler le mensonge et la tromperie. De ce fait, peut-être continue-t-elle de me tromper, en étant simplement plus prudente. Ne dit-on pas : Qui trompe une fois, trompera encore ?
  • En étendant le même raisonnement, et vu mon peu de discernement, le mensonge et la tromperie ne sont-ils pas présents dans d’autres aspects de ma vie ? Qu’en est-il avec tous mes amis ? Ou ma famille ? Y’a-t-il des secrets que j’ignore ?
  • Du coup, maintenant, j’ai de la colère envers elle, car la relation sacrée qui nous unissait est ternie. Je le vis comme une… profanation !

D’une situation de départ qui semblait assainie, il avait l’impression que quelque chose n’avait pas été pris en compte, et que ce petit grain de sable finissait par gangrener toute sa vie.

Parant au plus pressé, nous avons utilisé l’EFT pour lui sortir les images de la tête et les émotions douloureuses qui lui étaient associées :

  • Même si j’ai très mal d’imaginer ma femme faire l’amour avec un autre, je m’aime et je m’accepte tel que je suis.
  • Je ne supporte pas cette image.
  • Je voudrais l’enlever de ma tête.
  • Je me sens seul avec cette image et me sens abandonné.
  • Je l’imagine heureuse, mais surtout heureuse sans moi !
  • J’ai peur de ne plus rien voir dans son regard,
  • Pire encore, j’ai peur de sa pitié.
  • J’ai la sensation d’être nul, invisible, inutile.
  • Même si j’ai beaucoup de tristesse et le sentiment d’être vidé de ma vie, je m’aime et je m’accepte tel que je suis.
  • J’ai la sensation d’être dépossédé, spolié de mon bonheur, de l’intimité privilégiée que nous partagions.
  • Et ces images me persécutent. Ce n’est pas possible qu’elle ait fait ça !
  • J’ai peur de me tromper tout le temps dorénavant.
  • Je n’ai pas confiance en mon discernement.
  • Peut-être s’est-elle servie de moi, et qu’elle ne m’a jamais aimé !
  • J’ai peur de ne pas être « aimable », de manquer de quelque chose pour qu’une femme m’aime avec sincérité.

Ceci a eu pour effet de diminuer instantanément la douleur liée aux images. C’est là toute la puissance de l’EFT.  Utilisé lors d’un pic émotionnel, l’effet est immédiat.

Mais la nature a horreur du vide. Il s’agissait ensuite d’instaurer d’autres ressentis et d’assouplir les croyances qu’il entretenait au sujet de lui-même depuis l’enfance. Car la sensation d’être indigne, de ne pas être aimable, d’être invisible, de ne pas apporter assez, en tous cas pas suffisamment pour susciter l’amour d’une femme ou la retenir, toute cette vision qu’il avait de lui existait bien avant la rencontre avec sa femme. Simplement, sa présence masquait ses blessures. Et inconsciemment, il lui avait remis les clés de son destin ; il lui avait confié la mission de l’aimer. Alors qu’il aurait dû s’aimer lui-même !

Est-ce une généralité ? Ou est-ce lié uniquement aux personnes venues me consulter ? J’ai souvent constaté que les personnes qui avaient à faire face au mensonge, avaient une leçon à apprendre de la plus haute importance : Si les faits sont les faits, leur interprétation nous appartient ! Ce que pense l’autre de nous a beaucoup moins d’importance que ce que nous pensons de nous-mêmes. Nous ne pouvons pas attendre de savoir si l’autre nous aime sincèrement, pour décréter qu’on est digne d’être aimé ! Un, l’autre peut continuer de nous leurrer, consciemment ou non d’ailleurs, et deux, tant que l’on remet à l’autre la décision, le verdict, l’autorité pour décider si oui ou non, nous sommes quelqu’un d’important et d’aimable, c’est affirmer haut et fort que nous n’en sommes pas convaincus. Si vous ne vous aimez pas, que vous ne vous admirez pas, que vous ne vous estimez pas, ne comptez pas sur le monde pour vous aimer à votre place. Le monde est un miroir, un photocopieur de ce que nous portons en nous. Si vous ne vous estimez pas, le monde s’adaptera et génèrera les circonstances et les personnes afin de vivre des situations au cours desquelles vous vous sentirez méprisé, dénigré, nul, invisible… Vouloir obtenir la vérité des autres, c’est attendre de savoir ce qu’on doit penser ! Or, c’est à nous de décider de la vérité, et les autres sont libres d’opter pour la vérité ou le mensonge.

Nous avons ensuite utilisé une technique de PNL souvent jumelée à l’hypnose, la dissociation. En relaxation profonde, il s’agissait pour Jérôme de se créer un double, un autre lui-même. Puis de faire la liste de toutes ses qualités, de prendre conscience de tout ce qu’il ne changerait pour rien au monde, et considérer qu’il apprécie ces mêmes traits de caractère chez d’autres hommes ! Je le laissai lui-même décrire sa visualisation et il s’imagina entouré. D’autres gens étaient là, près de lui, y compris des femmes qu’il ne connaissait pas. Il se sentait magnétique (c’est son mot). 

Le travail qui lui restait à accomplir était de se focaliser sur le ressenti correspondant au nouveau lui-même. En réalité, il n’avait pas à chercher bien loin. Tout ce qu’il avait vécu lors de son mariage (avant la tromperie) constituait de précieux indices. Toute la fierté qu’il ressentait, le sentiment d’être aimé sont les mêmes que ce qu’il essayait de revivre. Mais cette fois, au lieu que ces sentiments proviennent de quelqu’un d’autre, de sa femme en l’occurrence, ils provenaient de lui.

Cela a eu pour effet de l’apaiser, d’asseoir sa force et d’accroître son charisme. Son mariage se porte bien, d’autant plus qu’ayant atténué sa dépendance à sa femme pour être heureux, il sent sa sécurité affective omniprésente.