Garder quelqu'un

 

- Sarah, 34 ans, ne parvenait pas à stabiliser ses relations. D’une nature calme et posée, elle inspirait confiance. Rencontrer un homme et démarrer une relation ne lui posaient pas de problème. En revanche, la faire durer dans le temps était de plus en plus compliqué. A 18 ans, sur les bancs du lycée, elle avait rencontré un jeune homme avec qui elle était restée 9 ans. Après leur séparation, elle avait eu une relation qui avait duré 3 ans, puis une autre d’à peine un an. Depuis, ses relations n’excédaient pas quelques mois et la dernière n’avait duré que 15 jours. Elle avait le sentiment de revivre à chaque fois et en accéléré la même relation, avec le même début, le même milieu et la même fin.

A y regarder de plus près, il y avait un détail qui faisait tout de même une différence. Toutes ses relations avaient pris fin pour des raisons indépendantes de sa volonté. Soit elle se faisait quitter, soit des événements de type mutation professionnelle ou déménagement étaient venus contrarier et précipiter la fin de la relation. Il y avait toutefois une exception pour la première relation, celle qui avait duré 9 ans. Elle avait alors 27 ans et était en plein essor professionnel. C’est alors qu’elle était tombée enceinte et qu’elle avait décidé d’avorter. Lui, en revanche, aurait préféré garder l’enfant. Il avait eu l’impression que leur couple s’était cassé à ce moment-là, qu’un trait d’union entre eux deux, avait été détruit. Leur couple n’avait pas survécu, et ils avaient décidé d’un commun accord de se séparer.

Peu de temps après, elle avait perdu son emploi et avait regretté amèrement sa décision. Elle avait tout perdu ! Depuis, elle travaille dans une autre société, à un poste sans grande responsabilité, mais qui est stable financièrement. Elle ne parvient pas à combler le vide qu’elle ressent. Chacune de ses envies rencontre mille difficultés et lorsqu’elle démarre quelque chose, un loisir, une activité annexe, elle n’a pas de constance et finit par l’abandonner.

Evidemment, le rapprochement était un peu trop facile à faire : Un avortement, qui peut entraîner assez de culpabilité pour s’interdire d’être heureuse ensuite et la pousser à « avorter » toute nouvelle activité, voire inconsciemment toute nouvelle relation.

En remontant plus loin dans sa vie, elle me confia qu’elle avait vécu son enfance comme un abandon permanent. Son père avait des horaires de travail irréguliers, et lorsqu’il dormait en journée, elle devait se faire toute petite. Peu prise en compte, elle s’était habituée à jouer seule ou à lire, et s’était réfugiée dans son imaginaire. Elle était par ailleurs débordante de créativité.

Comme beaucoup de personnes souffrant de la blessure de l’abandon, elle ne se rendait pas compte à quel point elle pratiquait elle-même l’abandon. Très tournée vers ce qu’elle ressent elle, le ressenti des autres passe facilement au second plan. Sans parler de rupture sentimentale, elle faisait subir des mini abandons quasi quotidiens à son entourage. Sans compter toutes les fois où elle s’abandonnait elle-même. Comme elle ne pouvait pas concevoir que d’autres puissent la prendre en compte, elle en avait figé cette réalité. Et cette vision des autres, ou plus précisément le fait qu’elle n’attendait rien des autres, la poussait à mettre un terme à ses propres envies. En anticipant la fin, elle s’évitait l’indifférence des gens, voire leur abandon.

Voilà pourquoi elle avait tendance à ne jamais finir ce qu’elle commençait. Elle ne se croyait pas digne de laisser la vie s’exprimer à travers elle, qu’il s’agisse d’un enfant ou de sa créativité. Elle abandonnait ses envies en cours de route.

Evidemment, consciemment, elle souhaitait s’impliquer dans une relation durable, mais inconsciemment, la peur d’être abandonnée et la certitude que ses envies n’étaient pas dignes d’intérêt, sabotaient chacune de ses relations.

Ce mécanisme d’auto sabotage est pernicieux, parce qu’en apparence, ce n’est pas elle qui posait le point final à ses liaisons. Rupture après rupture, le schéma en vigueur exécutait son programme inexorablement, validant chaque fois un peu plus sa vision d’elle et des autres, et accentuant les peurs associées. En donnant de l’énergie à ses peurs, les événements semblaient comme boostés, d’où la sensation que l’histoire se répétait sur un rythme de plus en plus rapide.

En bref, ses croyances et mécanismes étaient :

  • Mes envies n’intéressent personne et ne peuvent exister que dans mon imaginaire.
  • Si j’exprime mes envies, je vais être abandonnée.
  • Etre heureuse me conduit à la souffrance.
  • J’ai tout intérêt à stopper ce qui me pourrait me donner la sensation d’être en vie.

En EFT, nous avons travaillé longuement sur ces fins prématurées, sur la sensation d’abandon et de souffrance qu’elle vivait à chaque rupture, ainsi que sur la culpabilité d’avoir avorté. Nous avons levé aussi un certain nombre de ressentiments qui dataient de son enfance, abandon, colère, insignifiance…

Les points d’EFT étaient tapotés aussi bien pour la blessure générale liée à l’abandon que pour des situations précises se rapportant à chacune de ses relations passées. Le plus difficile était de dissocier la sensation d’être en vie et la souffrance de l’abandon. Libérée de l’insécurité qu’elle vivait, la vie pouvait prendre place en elle et s’exprimer naturellement.

Des visualisations empruntées à la PNL lui permirent aussi de prendre conscience que sa créativité pouvait être accueillie avec bienveillance par les autres, qu’elle pouvait même être attendue. Elle apprit à se contenter des joies qu’elle pouvait éprouver dans l’instant présent, sans chercher un résultat futur, ni d’admiration de la part d’autrui.

Dans les mois qui suivirent, elle se sentait plus entreprenante, davantage tournée vers l’action et elle avait pris des décisions pour réaménager certains aspects de sa vie. Selon ses dires, c’est un peu comme si elle reprenait vie. Il faut noter que, fréquemment chez les personnes qui ont pour blessure centrale l’abandon, elles avouent se sentir peu vivantes de l’intérieur et plutôt déconnectée de leurs sensations physiques. Elle attendait trop de la présence d’un homme. Elle attendait qu’il la rende vivante, sans imaginer une seconde qu’il est impossible de confier ce genre de mission à son partenaire.

En reprenant vie, en donnant suite à ses envies, à ses projets, elle retrouvait la vie en elle, par elle-même ! Elle cessait de s’abandonner. Dès lors, rien ne pouvait s’opposer à une relation qui, auparavant, se serait soldée par un énième abandon.

Elle connaissait la loi d’attraction et avait tenté auparavant de s’en servir pour attirer l’homme avec qui elle vieillirait. Au lieu de ça, ses relations étaient de plus en plus courtes. Les autres nous font ce que nous nous faisons à nous-mêmes. Le monde extérieur est toujours d’accord avec nous et colle parfaitement à toutes nos croyances et toutes nos demandes. En s’abandonnant, elle affirmait au monde qui elle était, une femme méritant d’être abandonnée, et c’est ce qui se produisait.

Avant de demander par la loi d’attraction à rencontrer quelqu’un, il lui fallait passer par la case départ, renouer le contact avec la vie, la sentir en elle, et s’aimer elle-même ! Etre satisfaite de ses créations, de ses désirs et envies, et suffisamment pour les matérialiser !

Demander à être aimé quand on ne s’aime pas soi, c’est se regarder dans le miroir en s’attendant à voir un autre visage que le sien !