Obnubilé par la réussite

- Steven 33 ans, sentait sa vie se désintégrer. Marié depuis 5 ans, un enfant, sa femme l’avait quitté quelques mois plus tôt. Comme un malheur n’arrive jamais seul, il venait de perdre son travail. Pour finir, il avait perdu beaucoup d’argent dans des placements hasardeux.

Il n’était pas très enclin à venir me voir, et c’est sur l’insistance d’une amie qu’il s’était laissé convaincre. En réalité, ce témoignage est destiné à ce que vous, lecteurs, compreniez ce qui s’est joué dans sa vie. En ce qui concerne Steven, je ne l’ai vu qu’une fois et n’avons pas amorcé le début d’une remise en question ou d’un quelconque soin en EFT, ce qui lui aurait sûrement fait beaucoup de bien.

Toute sa vie était centrée sur la réussite professionnelle. Il était doué pour les affaires et un acharné de travail. Ce qui était le plus marquant chez lui était l’image qu’il présentait. Grosse voiture, gros moyens financiers… Malgré mes questions, il parlait très peu de lui ou de ce qu’il ressentait. Il parlait des gens qu’il fréquentait, des personnages très en vue et très riches. Vu la perfection qu’il semblait avoir atteint, il ne comprenait pas les raisons qui avaient pu pousser sa femme à le quitter. Toutefois, ce n’est pas tant l’absence de sa femme qui le faisait souffrir, que le fait d’avoir été quitté. Vis-à-vis de ses amis et relations, cela le plongeait dans l’échec et il supposait que l’opinion que ces gens-là avaient de lui, devait s’être ternie. Si elle, qui le connaissait mieux que quiconque, l’avait quitté, c’est qu’elle avait dû démasquer sa véritable valeur et ça ne manquerait pas de jaser dans son entourage !

Véritable cancre à l’école, il avait été la grande déception de ses parents. Sans diplôme, il s’était lancé dans une activité de vendeur. Gravissant les échelons de la société, il occupait jusqu’à il y a encore peu de temps, un poste à responsabilités.

Ayant toujours beaucoup de difficultés à exprimer son ressenti, il finit par avouer sa colère envers sa femme, enfin son ex-femme, car selon lui, il lui avait tout donné, une vie de rêve avec tout son confort. Il avait travaillé 60 heures par semaine pour lui faire une vie dorée. Et elle avait eu l’insolence de le quitter !

Je n’ai jamais pu lui en faire dire davantage. Je n’ai pu que rapprocher son récit de celui d’une autre personne que je connaissais. Bien sûr, rien ne dit que ce rapprochement soit opportun, dans la mesure où, si les situations se ressemblent, le vécu de chaque protagoniste peut être très différent. Ses propos trahissaient une motivation inconsciente qui le poussait à travailler dur et surtout à réussir.

Etre dans l’échec le conduisait à la déception de son entourage. Inversement, réussir était un moyen d’attirer l’admiration et l’estime. Le fait qu’il mette la source de cette admiration dans l’opinion des autres, suppose qu’il ne l’avait pas trouvée en lui. Il s’est donc retrouvé dans une situation équivoque le jour où sa femme est partie. Pourquoi aller travailler puisque ce n’est plus pour elle ? Et que visiblement, la réussite n’est pas le gage absolu lui permettant d’attirer l’admiration !

Rien d’étonnant alors, que dans un second temps, il perde son emploi, car celui-ci n’avait plus de fondement. Il avait mené toute sa vie dans le but de réussir et d’en montrer l’image, afin de se sentir admiré et aimé. Amour qui lui faisait défaut depuis son enfance ! Il pensait aimer sa femme, mais en réalité, elle était pour lui un objet de réussite qu’il exhibait au même titre que sa voiture. Sa richesse extérieure n’avait d’autre but que de compenser la pauvreté de la valeur qu’il pensait avoir. Il se maintenait dans une dualité réussite-échec sans s’apercevoir qu’il existait une troisième alternative : celle qui consiste à rétablir l’estime de soi, et sans avoir à la relier à un résultat.

Espérons qu’il trouve intuitivement la façon de renouer le contact avec ses propres richesses, et qu’il ne sera pas tenté de poursuivre sa quête de trophées et de distinctions.